Quel nom pour la Bourgogne-Franche-Comté ?

Blasons Bourgogne Franche-ComtéBien avant la fusion actuelle, le problème m’a été posé par un historien de Novi Sad (Serbie) ; ce monsieur s’intéressait alors à l’immigration française dans les Balkans (on sait que ce mouvement de populations a été très important au XVIIIe siècle, puisque l’Empire autrichien cherchait à peupler cette région) ; l’historien serbe avait trouvé la trace de nombreuses personnes nées en « Bourgogne » ; le nom du village natal était généralement mentionné ; l’historien avait cherché le village sur la carte et l’avait souvent trouvé à proximité de la frontière suisse. Donc ces prétendus Bourguignons étaient des gens qui aujourd’hui seraient des Comtois.

En effet, pendant une grande période (de la défaite de Charles le Téméraire jusqu’au XIXe siècle), la langue diplomatique a appelé Bourgogne ce qui est devenu l’actuelle Comté ou Franche-Comté.

Autres faits : à Rome, il existe une petite église sous le vocable de Saint-Claude et Saint-André des Bourguignons. Cette église (piazza san Claudio) a été fondée en 1652 (donc avant l’annexion de la Comté par Louis XIV) ; elle était à l’origine destinée aux Comtois ; et les Bourguignons de Dijon, comme les Parisiens, allaient faire leurs dévotions à San-Luigi dei Francesi.

Autres faits ; quand Metternich arrive à Besançon en 1814, il déclare qu’il y fait aussi froid qu’en France, ce qui veut dire qu’il considère que Besançon n’est pas tout à fait la France, sinon pour les mœurs (les Comtois avaient comme les Français la détestable habitude de ne pas chauffer leurs maisons à l’inter-saison). Le texte de Metternich m’a été signalé par un linguiste de Brno (Tchéquie) qui s’occupait de l’édition des Mémoires du célèbre diplomate (qui écrivait en français).

Autre fait, l’écrivain du XVe siècle, Jean Molinet, que nous pourrions qualifier aujourd’hui de Belge, est appelé par les historiens de la littérature « écrivain bourguignon », alors qu’il n’a peut-être jamais mis les pieds à Dijon. Son nom ne vous dira peut-être rien ; ses jeux de mots sont en revanche très connus ; c’est lui a nommé Louis XI l’universel yraigne (en anglais, Internet) ; il a trouvé aussi que LVDOVICUS faisait un total de 666 (comme la bête de l’Apocalypse).

Bref, on pourrait, en suivant l’histoire, appeler la nouvelle région tout simplement Bourgogne, ce qui ferait des économies d’encre. Les Comtois ne seraient peut-être pas d’accord ; on pourrait compenser en mettant le siège de la région à Dole. Mais c’est une question qui nous dépasse.

Pour terminer, je dois reconnaître que je suis parfaitement neutre ; j’ai passé toute ma vie en Bourgogne, mais avec un nom typiquement comtois (ce qui ne m’a jamais posé de problèmes).

Gérard TAVERDET – Fontaine lès Dijon



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